Kut’zig, la mobilité décoiffante du vignoble colmarien

 Kützig en alsacien signifie ébouriffé. En allemand on dirait verstrubbelt.

Kut’zig est la nouvelle offre de mobilité touristique de LK Kunegel, le transporteur familial de Colmar. Ce nom qui n’est pas tiré par les cheveux a été puisé justement dans la mémoire d’un jeune adulte dont la grand-mère pointait le désordre capillaire dans son dialecte.
Kut’zig désigne le tourbus route des vins d’Alsace.

Le concept est à l’étude depuis des années. Avec l’arrivée de la LGV, les touristes sont plus proches de l’Alsace et de sa légendaire route des vins. Mais le week-end, faute de lignes régulières de cars, il devient compliqué de prendre le chemin du vignoble. LK a créé Kut’zig, qu’il ne qualifie pas de produit touristique, c’est juste un outil de mobilité. La société a acquis et fait transformer au Portugal un minicar Iveco en car cabriolet. Mis en circulation le 28 juin, nous l’avons testé ce 1er juillet. Un deuxième véhicule est commandé.

10H11, départ de la gare de Colmar. La famille Kunegel, Daniel le PDG en tête et les représentants d’Alsace Destination Tourisme le fidèle partenaire, accueillent la presse trinationale. Mes vieilles connaissances bâloise et fribourgeoises sont du voyage. Le car rouge vif en partie couvert est inratable. Il annonce une capacité de 28 places, vite garnies. Il fait bien chaud encore, on nous distribue de l’eau.

En temps normal, le véhicule couvre une rotation elliptique depuis Colmar, parmi les « Perles du vignoble » Ribeauvillé, Riquewihr, KBV et Eguisheim. Le Naturoparc de Hunawihr, Turckheim et Voegtlinshoffen pour son point de vue sont aussi dans cette boucle effectuée dans les deux sens à raison d’un passage toutes les 3 heures. Moyennant 15 € tarif adulte la journée, l’utilisateur monte et descend à sa guise pour visiter une ou plusieurs localités. En six heures et demie, nous n’aurons le temps que de nous arrêter dans trois d’entre elles.

Daniel Klack, maire de Riquewihr et loueur de scooters électriques


10H50, Riquewihr. Un scootériste vient à notre rencontre. C’est Daniel Klack, la maire de ce village de 1100 âmes qui reçoit annuellement 1,8 M de visiteurs. Laurianne Gross, directrice de l’OT est là aussi. Vigneron, Daniel Klack s’est diversifié dans la location de trottinettes électriques. Notre groupe se scinde en deux, une partie va enjamber ces nouvelles machines, tandis que l’autre gravira sous la chaleur la tour du Dolder, emblématique de la commune.

Vers midi, Kaysersberg Vignoble. Les deux groupes se reconstituent au Chambard. D’autres journalistes nous rejoignent pour la conférence de presse dédiée au Kut’zig. En quatre jours, près de 100 billets se sont vendus, indique Daniel Kunegel, toujours traduit en allemand par l’experte Fabienne Fessler d’ ADT. L’investissement se monte à 400.000 €. A l’issue de ce rendez-vous formel, le déjeuner est servi au caveau de la winstub d’Olivier Nasti. Une belle partition de saveurs du terroir.

Vers 15H, un autre ancien « village préféré des Français », Eguisheim. Une présentation rapide là encore avec l’OT avant le retour vers Colmar. Chemin faisant, nous avons pu apprécier les paysages viticoles et le clocher vrillé de Niedermorschwihr, photographier Turckheim depuis un promontoire, garder les cheveux au vent pour ceux qui étaient assis au fond. Par grand soleil, prévoir le chapeau ou une casquette tout de même. En cas d’ondée, l’habitacle est refermable rapidement à la force du conducteur. Et climatisé bien sûr. Le transporteur s’emploie à améliorer ce qui peut l’être. Un peu plus de place entre les sièges ne serait pas un luxe, même si ce n’est pas un car Macron.

Enfin, le logo de Kut’zig  reprend étrangement le g, mis en majuscule  et doté d’une chevelure. La tête d’un cheval au galop. Kützig dans mon dialecte signifie aussi  sauvage… Aux touristes les espaces de liberté sur la route de 66 ans !

http://www.kutzig.fr 

hello@kutzig.fr 


#kut’zig#tourbusalsace#lkkunegel#routedesvinsalsace

La Fouillotte, bière d’Épinal🍻

photo prise en décembre 2018

C’est l’été. C’est le moment que choisit Brasseurs de France pour lancer la saison du tourisme brassicole. Cette fin de semaine plusieurs dizaines de brasseries du territoire national ouvrent leurs portes, dont six dans le Grand Est.

C’est assurément un univers de passionnés. Comme Thibaut, Boris et Florian, trois jeunes Lorrains qui ont monté La Fouillotte, la seule brasserie d’Epinal. Elle ne participe pas à l’opération nationale, mais se visite du mardi au samedi au voisinage de la gare. L’aventure a commencé au lieu-dit La Fouillotte à Rupt-sur-Moselle, où Thibaut expérimentait ses recettes. La Fouillotte signifie la feuille en patois vosgien. Qu’on retrouve dans le logo stylisé de la marque. C’était en 2013. Boris et Florian se sont associés au brasseur montagnard et ont décidé de faire de leur passion un métier. Ils ont investi dans une Pico-brasserie, « le moyen le plus simple de faire de la bière », mettant à contribution gustative leurs amis. En 2016 naissait l’entreprise, que les trois garçons allaient installer dans un local de la préfecture des Vosges. Les premiers brassins furent produits en septembre. L’outil de fabrication se compose d’une unité de brassage de 500 litres, de quatre cuves de fermentation et de huit de maturation. Pour un demi-hectolitre, il faut six heures et un nettoyage permanent. Avec plus de 600 hl la deuxième année, le site est déjà arrivé à saturation. Si le consommateur est le bienvenu rue Jean-Jaurès, la brasserie spinalienne écoule ses breuvages dans le circuit professionnel, CHR et cavistes.

Aujourd’hui, la collection compte près d’une quinzaine de références titrant de 4 à 7,5° d’alcool, entre classiques et originales. Il faut goûter le terroir : La Saison des Vosges est une blonde au sapin, aux notes citronnées et résineuses. Dans la gamme Single Hop, une seule variété de houblon pour ces blondes Amarillo, Citra et Cascade. Pour se rafraîchir, White Shadow aux agrumes et céréales. Pour la fête, Tropical Saison aux houblons américains. La bio est indispensable enfin : Soleil Verte, une blonde à fermentation basse, « franche et désaltérante ».

La signature de La Fouillotte se pose sur l’illustration propre à chaque produit, la lettre f se profilant dans l’image. Mais aussi dans les dérivés. La brasserie conçoit et réalise des objets de bois découpés au laser, dont les sous-bocks.

Brasserie La Fouillotte 11, rue Jean-Jaurès à Epinal

03 29 33 03 74

www.lafouillotte.fr #brasserieepinal#lafouillotte

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Consommer avec modération.

La Vache qui se cuisine ❤❤❤ 🍴

La haute saison va commencer pour La Maison de La Vache qui rit à Lons-le-Saunier dans le Jura Sud. Nous avons testé les recettes que le restaurant d’été va servir aux visiteurs. A base de produits Bel évidemment.

La Maison de La Vache qui rit a dix ans. Elle est la mémoire de la marque mondialement connue et quasiment centenaire. Mais plus qu’un musée, elle est un lieu ludique pour toute la famille, un espace d’art, un écrin de séminaire et un atelier de cuisine.

C’est à l’issue de notre visite qu’il nous est donné de déjeuner rapidement autour de la grande table blanche confiée ce jour à Stéphane Léger, un des deux chefs de Bel Foodservice, département culinaire du groupe fromager jurassien. Comme toujours en voyage de presse, le temps est compté. Mais il sera suffisant pour apprécier les préparations du cuisinier picard.

Cet atelier est la nouveauté de la saison. Sur réservation, il est accessible jusqu’ à une tablée de vingt personnes dans une salle spacieuse et lumineuse. Vous avez peut-être l’habitude de glisser une portion de Vache qui rit dans votre potage hivernal ou le gratin. Stéphane vous ouvre d’autres horizons avec ce qu’il appelle les « ingrédients culinaires fromagers » de son entreprise.


Il a apprêté un carpaccio de tomates aux saveurs anciennes sur lequel il dispose une coulée de sauce Boursin. Suit un filet de volaille sauce Cantadou curry. Cantadou est un fromage professionnel fabriqué dans la Sarthe. Puis du dos de cabillaud rôti sauce Cantadou au raifort de Mietesheim. On ne peut faire l’impasse sur le…fromage, en l’occurrence les nouveautés bio. Bel fait travailler 800 producteurs laitiers dans l’Ouest et « les rémunère au-dessus du prix du marché ».

Pour le dessert servi en terrasse, une verrine glacée au Kiri, un produit qui fait l’objet d’un concours de pâtisserie à Séoul.

Ces plats testés en avant-première seront au menu du restaurant éphémère « La Petite Marmite » du 6 juillet au 25 août, à la Maison de La Vache qui rit. Myriam et Caroline tiendront les fourneaux.

Et pour ceux qui veulent pousser l’expérience, l’atelier d’un chef. Dans une joyeuse ambiance. Quel que soit le nombre de convives, la vache rouge rit. Et nourrit.

Et aussi le Wachkyrie Café pour profiter d’une assiette dégustation par exemple.

www.lamaisondelavachequirit.com

25, rue Richebourg Lons-le-Saunier

#lamaisondelavachequirit#bel

AU CHAUDRON : DU MIEL AU CŒUR DE COLMAR

🥘 ❤❤❤

A Mulhouse comme à Colmar, les présentations du Petit Futé à la presse sont des moments de bonheur. Qui d’autre que les renards dénicheurs de bonnes adresses pour nous proposer une table conviviale et goûteuse ?

En juin, c’est l’étape colmarienne autour de la très grande Marine Preiss. La responsable d’édition reçoit son petit comité au « Chaudron », à proximité du Koïfhus . Un bel établissement qu’elle avait déjà sélectionné ces dernières années. Mais le chef Gaël Bodenan s’interroge sur le peu de trafic ce mercredi midi alors que le lendemain il devra sûrement refuser du monde…


Le city guide Colmar a été promu city book en 2019. Il se lit comme un magazine. Page 46, « Au Chaudron » fait l’objet d’un encadré. Une maison « qui séduit d’emblée par sa décoration inspirée d’une salle à manger familiale discrètement bourgeoise. Vous apprécierez la chaleur et la tranquillité qui s’en dégagent, propices à un déjeuner en famille ou en couple ».


Le restaurant est reconnaissable à sa façade saumon et aux chaudrons sur l’enseigne et en relief au-dessus du premier étage.

Gaël propose une cuisine traditionnelle parfois accommodée selon son inspiration.

Ce jour, il nous a préparé une terrine de lapin maison suivie d’un suprême de volaille sur choucroute, nappé de sauce au miel. Un nappage élaboré pendant de longues heures qui a convoqué de nombreuses épices. Pour le dessert, une mousse glacée au kirsch généreusement parfumée. Le Menu du Chaudron vous régale pour moins de 20 € les deux plats. Et le service est souriant.

Au Chaudron

5, rue du Conseil Souverain Colmar

www.auchaudron.fr

#auchaudron#colmar

L’hôte des hautes chaumes

A la rencontre du chamois des Vosges

22 mai 2019. Deux mois de printemps au calendrier. Pourtant récemment c’était encore la contre-offensive de l’hiver sur les hautes – chaumes. Ces vastes espaces de rudesse climatique où peu de choses poussent. Avec Gwen Fouché, guide de montagne depuis une dizaine d’années, nous entamons une randonnée vespérale dans le secteur de La Bresse, à plus de 1200 m d’altitude. Nous sommes au voisinage de la route des crêtes, sous le soleil revenu. Une sortie sans difficulté au grand air qui nous fait franchir la frontière vers l’Alsace, avec un point de vue sur la vallée de Munster et au loin, la silhouette de la centrale nucléaire de Fessenheim. A nos pieds des névés dont l’espérance de vie est encore de quelques semaines. Gwen raconte les bornes délimitant les territoires d’hier, les hêtres et les arbustes qui résistent aux aléas du temps, le chemin de grande randonnée.


Un petit vent rafraîchit mes avant-bras découverts, le soir va poindre.
Le silence face à un horizon linéaire. Or nous ne sommes pas seuls. Les premiers apparaissent en contrebas, d’autres sur les hauteurs. Des chamois. L’espèce emblématique des Vosges.

C’était l’espoir de notre promenade contemplative. Nous aurons un cadeau inespéré : un bovidé adulte broutant à quelques mètres de notre petit groupe. Il est à un niveau inférieur, ce qui doit le rassurer, quand bien même le mammifère semble nous ignorer. Les photographes s’en réjouissent. Nous poursuivons sans déranger l’hôte de la lande.
Le circuit nous ramènera à la fontaine de la Duchesse, où naît la Moselotte.

#gwenfouche

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Chez GérardMémé

Chaque déplacement dans les Vosges est promesse de découvertes et de rencontres marquantes. Mon dernier voyage à Gérardmer a commencé par un retour à mes jeunes années.
Nous sommes Place Albert-Ferry, face au manège. Nos retrouvailles ont lieu  Chez Mémé, un commerce qui m’avait échappé. Il a moins de cinq ans il est vrai et me paraît dissimulé par terrasse et auvent. Nous sommes dans l’univers d’Adeline Fays-Bernardin, une trentenaire au minois malicieux. Cette ancienne serveuse a réalisé un joli rêve : ouvrir et animer un établissement hors du temps, un café – restaurant – épicerie au parfum d’antan.

Avant, il y avait ici un magasin de souvenirs. Aujourd’hui, c’est un lieu de souvenirs de jeunesse qui parlent à plusieurs générations. Adeline collectionne les porte-clefs de longue date. Son mari Olivier Lapôtre, qui officie au Collet, hôtel – chalet *** de Xonrupt – Longemer, les boîtes. La propriétaire gérante a fait de l’endroit une maison heureuse qui renvoie immédiatement à nos chers commerces de proximités d’hier. Le seuil franchi, nous sommes attirés par le linéaire de bonbons et friandises. Mes consœurs ont les yeux qui pétillent en voyant les paquets Tang, la boisson en poudre des années 80 et 90 quasiment introuvable en France désormais. Je considère les Treets ramenés à la vie l’an dernier par Lutti après avoir disparu en 1986. Mon péché mignon mais un peu cher à mon goût. Autre revenu, le Malakoff, la barre chocolatée inventée en 1855…Et puis le roudoudou, la paille de sucre, les graines de tournesol, la souris au caramel et encore le Coco Boer que Renaud est venu chercher ici. Adeline voulait permettre l’achat à la pièce, comme cela se faisait autrefois. Pour quelques dizaines de centimes, on repart avec un Malabar. Les friands de sucettes peuvent encore s’offrir le présentoir du Pierrot Gourmand. La bonne surprise, c’est que des collégiens viennent s’approvisionner en sucreries.

On serait donc chez l’épicier des années 1950 à 70 sur les traces de produits disparus…Jeux de cartes, bons points, avions en kit, colle parfumée, yoyos… Adeline travaille entre autres avec le fabricant Marc Vidal. Rétro aussi, les poignées de porte d’une entreprise danoise. Outre les produits de nos tendres années pérennisés ou réactualisés par des sociétés audacieuses, Chez Mémé reconstitue le décor d’une échoppe fourre-tout, entre rubans, boîtes de lessive (pleines), contenants métalliques fatigués, tout ce que la tenancière a chiné à ce jour. La salle est réservée à la table. Une vitrine réfrigérée attire l’attention. Un peu OVNI, un peu juke-box, un présentoir design à pâtisseries maison. Justement, je me laisse tenter par une crème de myrtilles arrosée d’un expresso noisette sur vaisselle d’une autre époque forcément. Adeline et sa fille prennent la pose au fond, devant un mur de pendules ménagères. Je reconnais la table rouge de mes parents jeunes mariés.



En entrant dans ce commerce atypique, je ne me sentais pas du tout dépaysé. Je vis aussi parmi les objets d’hier et consulte l’heure sur des cadrans toujours vaillants. J’ai ressenti ici du bonheur. Le vintage, c’est un temps finalement pas si lointain et porteur d’insouciance. Mais il me fallait d’abord savoir qui était Mémé. C’est la grand-mère d’Adeline, une Géromoise nonagénaire aujourd’hui. Il se dit que la vieille dame avait le sourire en fréquentant le café -épicerie.

Et que vous ayez un besoin pressant ou non, passez donc par les toilettes, qui méritent aussi le détour. Mais on se demande ce qu’un téléviseur seventies y fait, face à une collection de… Il faut aller voir !

🍰🍮☕🥪 ❤❤❤❤

Y a d’la joie avec Leïla !

La blogueuse culinaire Leïla Martin a publié son premier recueil de recettes, « L’Alsace enchantée ». Un hymne à notre patrimoine familial revisité. A table !

🍲🥘🥧 ❤❤❤

#lalsaceenchantee #leilamartin #cuisinealsacienne

Pâtes d’Alsace aux asperges, lardons et crème par Pascal Kury

J’ai rencontré Leïla dans un salon de thé strasbourgeois l’an dernier. Nous devions travailler sur un projet commun. Elle est de ces femmes qu’on n’oublie pas. Peut-être parce qu’elle a en elle la beauté des filles des mille et une nuits. Peut-être aussi parce qu’elle est porteuse de cuisine heureuse…
L’automne de la même année, Leïla publiait son livre « L’Alsace enchantée » à La Nuée Bleue.

Leïla a grandi dans la double culture franco-marocaine, la maman originaire de Fès et le papa franc-comtois. Le couscous et le thé à la menthe, le vin jaune et le comté. Dans son livre, l’auteure revient sur son histoire. Nous partageons chacun le goût pour l’écriture et la cuisine. Difficile de dire laquelle prime l’autre pour ce qui me concerne. Ce doit être le cas de Leïla aussi, qui est entrée dans notre Alsace à quinze ans et se souvient d’une « rencontre enchantée ». Devenue journaliste, la jeune femme a eu l’occasion d’aller au-devant des Étoilés d’Alsace. En croisant les meilleurs de notre gastronomie, elle a eu envie d’aller plus loin dans la connaissance de la province de la choucroute et de la flammekueche. Depuis cinq ans, Leïla tient le blog jevaisvouscuisiner.com .

En 2014 toujours, elle gagnait le concours culinaire régional « Chefs à bord » sur Alsace 20. Elle avait été coachée par Matthieu Koenig, l’affable chef de L’Arbre vert à Berrwiller. Elle allait alors réaliser son rêve de diriger une cuisine pour un bar à vins de Strasbourg, à l’hôtel Hannong.

Leïla et Matthieu Koenig dans les locaux de Ligne 68

Depuis, Leïla s’est plongée dans le patrimoine culinaire familial alsacien, apprivoisant ce que les restaurants ne produisent guère : apfelkiechle, dampfnudel, griesknepfle, käseknepfle, buwespätzle, bettelmann, ropfkueche, gesundheitskueche… La blogueuse – journaliste – chroniqueuse a compris que « la cuisine alsacienne est fondamentalement joyeuse, vivante et enjouée, libre, insolite et décomplexée ».

Celle qui tente de placer des émotions culinaires sur le plateau d’une chaîne publique à l’animateur roi a tout loisir de les partager dans son livre de recettes. Il y en a cinquante, elles sont déclarées « faciles », puisées dans le répertoire alsacien et enrichies d’inspirations multiples. Maman de deux enfants, Leïla adapte le plaisir de la bonne chère aux contraintes de la femme active d’aujourd’hui.

Bredele au saumon et à l’aneth par Pascal Kury

De l’apéro au dessert, pour petites et grandes faims, il y a de quoi épater la tablée. Et comme nos aïeules étaient avant-gardistes, elles jetaient le moins possible. En cela, ces réalisations sont dans l’air du temps de la transition écologique, comme le velouté d’asperges anti-gaspi au safran d’Alsace. Pas un jour ne passe actuellement d’ailleurs sans que notre cuisinière n’use du légume primeur régional.

Et si on passait en cuisine pour un voyage gourmand et surprenant ?

L’Alsace enchantée de Leïla Martin

Photos Francesca Gariti

Editions La Nuée Bleue

Voyages à La Commanderie

#lacommanderie#rixheim

Laurent Haller fait recette

Mulhouse Expo a eu la bonne idée de délocaliser certains rendez-vous avec la presse chez des partenaires. C’est ainsi que Foir’Expo 2019 a été présentée à Rixheim, dans le cadre envié de La Commanderie, hôtel de ville et manufacture de papier peint Zuber.

Parce que la 72e foire de printemps fera référence à ce musée unique du réseau Musées Sud Alsace connu pour ses panoramiques. Ces papiers décorés de contrées lointaines qu’on retrouve dans nombre d’institutions, de l’ancienne sous-préfecture à la chambre de commerce en passant par le bureau du président de l’agglomération…Et forcément ici, dans cette magnifique bâtisse du XVIIIe.

En revenant à La Commanderie, je pense toujours à ces maires qui ont le privilège d’y administrer une des principales villes de Haute Alsace. A l’instant me revient l’image de Pierre Braun, que j’avais rencontré en début de carrière. Bernard Hanser ensuite, Olivier Becht et désormais Ludovic Haye. Ce dernier nous accueille pour la conférence de presse et le déjeuner qui sera servi dans le salon des Commandeurs, dévolu aux réceptions. Avec vue sur le parc que les Rixheimois pourront bientôt arpenter de nouveau, avec les beaux jours. Trois tables rondes sont dressées, deux suffiront, nous ne sommes que douze. Deux îlots joliment parés dans cette grande salle, pour un nouveau voyage. Face aux panoramiques tout à l’heure, nous pouvions nous égarer un instant dans le port marchand de la période coloniale. C’est la serre du jardin qui se présente à moi au fond maintenant que je suis attablé.

La Ville de Rixheim a sollicité sa meilleure table pour le moment convivial, Le 7ème Continent. Le bonheur de découvrir les dernières trouvailles gastronomiques de Laurent Haller, l’étoilé de la commune. Celui qui nous avait déjà emmené sur sa planète au Petit Prince (à l’aérodrome) change sa carte tous les mois, en « recherche permanente d’ailleurs et de diversité ». En quête de produits rares, d’ épices, de terroir et de saveurs nouvelles, l’animateur des Toqués du 7e -son école de cuisine- nous surprendra toujours. Pour le service traiteur du jour, Laurent a dépêché un binôme cheffe de rang – sommelier. A l’apéritif, les bulles pétillent autour d’un arbuste de bouchées fines et de sucettes de foie gras ! Au menu, nous prenons la mer avec un poisson que je ne connaissais pas, la sériole, un carnivore qui donne du fil à retordre aux pêcheurs, travaillée en terrine. Retour sur terre pour le plat, avec du veau cuit à basse température, dans sa cage de macaroni et morilles. Pour le dessert, une étonnante glace panais / céleri. Et pour regagner le port, en escorte du café, les mignardises à engloutir pour en saisir toute l’expression.


Nous n’avons pas eu le plaisir de voir Laurent Haller, mais son étoile a étincelé dans nos assiettes.
Un chef digne des chevaliers de Philippe de Montjoie – Hirsingue, autres voyageurs.

Le 7ème Continent * à Rixheim

La 72e Foir’Expo de Mulhouse du 10 au 19 mai

Gebele, le boulanger des bouchers

Eric Gebele maintient de vieilles recettes comme celle du langhopf de Colmar.

Ce 10 avril, la Fédération des Bouchers Charcutiers Traiteurs d’Alsace envoie ses jeunes professionnels pour animer la Fête du Jambon au cœur de Mulhouse. La 19e édition dans la dégustation conviviale avec possibilité d’achat et de repas de midi.
Les fidèles reconnaîtront Emmanuel Brand et ses pairs, défenseurs du jambon artisanal.

Aux côtés des maîtres de la découpe et de la transformation, un boulanger de proximité. Eric Gebele, l’artisan de la rue du raisin. Manu et Eric sont deux vieux amis, qui professionnellement se complètent. Que serait un jambon de boucher sur un pain industriel ?

Le temps de finir un feuilletage, Eric me reçoit dans sa maison de toujours, où il avait fait son apprentissage aux côtés de son père. Depuis quinze ans, il lui incombe de poursuivre l’œuvre familiale dans un environnement en mutation. Nous en venons à regretter les süweckla, les pains à un sou de nos grand-mères. Le boulanger s’est résigné à ne plus en façonner faute de demande. Avec le temps, la consommation de pain diminue de toute façon, quand les plats préparés augmentent : friands, pâtés lorrains (pour les origines d’outre-Vosges), pizzas… Naguère il nourrissait les familles. Aujourd’hui ce sont les actifs qui déjeunent en ville. Il a fallu ajuster aussi les horaires d’ouverture. Pas avant 7 H maintenant. Les femmes de ménage du paquebot Globe ne viennent plus. Les ouvrières de Frantexta ont disparu. Et le lundi matin, la petite boulangerie est le seul lieu de vie de la rue…



Mais revenons à nos moutons de Pâques. C’est la période du lammala, le gâteau alsacien en forme d’agneau. Eric m’indique la dernière fournée. Il est satisfait de l’ajout de pépites de chocolat. Dégustation prometteuse. Trois possibilités ici : biscuit, la plus commandée, la brioche et le kugelhopf. Cousin de ce dernier, le langhopf (langhof chez Eric). L’artisan me tend un moule destiné à cette brioche alsacienne. Il emploie la recette colmarienne. Un gâteau enrichi de noix, noisettes, amandes, cannelle, raisins et foncé dans le sucre. Je ne connaissais pas.

La maison Gebele participe à la Fête du Jambon avec sa diversité de pains, dont ses spécialités campagne, au lard, aux pommes. A l’approche de Pâques, les pains en forme de lapin, les cloches chocolatées, les nids briochés. Et dans la pâtisserie boulangère, la tarte à la rhubarbe meringuée.


Depuis l’été dernier, la petite boutique du vieux Mulhouse a repris des couleurs. Un rafraîchissement des murs, plus de lumière qui valorise les bredala et les stànga (les sticks) au sésame et au piment d’Espelette. Toutes ces choses qui mettent la cerise sur le gâteau.

Faire Carpailles dans le Sundgau

« Nos restaurateurs se lèvent tôt et se couchent tard, dévoués au bonheur de leurs clients. » Pieter Harens a rappelé l’investissement de ses pairs à l’occasion du lancement le 1er avril des Carpailles 2019. Cette année, la famille du « Sundgau, Routes de la Carpe frite » s’est réunie dans le Jura alsacien à Liebsdorf, chez Frédéric Willig. Le restaurant « Au Soleil » est un nouveau participant, comme « Le Relais de l’Abbaye » à Lucelle. Ce coup d’envoi fait la joie de Monika Munch, directrice de l’Office de Tourisme du Sundgau et secrétaire de l’association porteuse de la quinzaine gastronomique. C’est le seul moment de l’année où les chefs se retrouvent ensemble en cuisine, confie-t-elle de son regard bienveillant.

Je ne connaissais pas le restaurant lebeucourtois, une belle adresse familiale. C’est un petit établissement de campagne, qui vous plonge tout de suite dans l’hospitalité sundgauvienne. La salle à manger rappelle la stuwa de grand-mère . Les murs sont épais, rassurants.
Une quarantaine de convives s’attablent et remplissent les lieux. En cuisine, c’est l’effervescence joyeuse. Une dizaine de chefs mènent le ballet culinaire, comme une bande de copains. L’inauguration des Carpailles n’est pas un repas de fête des mères, chacun apporte ses préparations qu’il faut juste finir et dresser.

Entre-temps, quelques prises de parole pour rappeler d’où vient cette fête de printemps. De longue date, le Sundgau a fait de la carpe son produit d’appel. L’arrondissement d’Altkirch ne manque ni d’étangs ni de rivières. La carpe frite est le plat emblématique de ce territoire rural aux paysages vallonnés. Mais le poisson d’eau douce peut très bien se passer de semoule et de friture pour s’immiscer dans une bouchée à la reine, se fondre dans un suprême de volaille, se lover dans un nem… Si les Carpailles sont l’affaire de restaurateurs , tout un chacun peut s’essayer à la cuisine de la carpe autrement que par les transmissions traditionnelles. J’ai osé l’an dernier et je vais poursuivre.

La Brigantine

Au lancement de l’opération à Liebsdorf, François Cohendet, président de l’Office de Tourisme du Sundgau a fièrement présenté le panonceau du Site remarquable du goût que son terroir vient de récupérer. C’est le label national accordé à nos cuisiniers. Malheureusement, si beaucoup de restaurateurs ont la carpe à la carte, peu s’engagent dans la quinzaine festive, dont tous profitent.

Cela étant, la courte saison compte deux nouveaux partenaires, les Sources de Soultzmatt / Lisbeth et le groupe Wolfberger. L’association que préside toujours le député Jean-Luc Reitzer compte une vingtaine de membres et les deux pisciculteurs de Friesen, indispensables fournisseurs. Bien que la carpe largotine seule ne subvienne plus à toute la demande.

Et Vendredi Saint, les restaurants feront le plein d’amateurs de carpes frites, pourtant jour de jeûne dans ce Sundgau toujours catholique mais en perte de pratique lui aussi.

Avant la Vigile pascale, célébrons le printemps des restaurateurs sundgauviens. A table pour les Carpailles !

Et pour le digestif ou l’apéritif, le nouveau livre sur ce Sundgau des cuisiniers de la carpe, de Jean-Paul Girard et Renée Hallez.